"L'alouette m'a réveillé, timide, elle venait du fond du jardin, derrière le bâtiment, son chant sautait de branche en branche. Le printemps! Je ne verrais pas les arbres se couvrir de bourgeons et, par un beau matin froid d'avril, mille fleurs transparentes surgir. Je ne fus pas le seul à l'entendre, son chant pénétra la grande salle, il roula sur les lits froissés de nuit. Un instant, quelques minutes, il rappela aux malades, aux bléssés, aux manchots, aux unijambistes, aux défigurés, aux opérés, à ceux dont la vie s'échappait avec le pus, à ceux qui voulaient qu'on ouvre la fenêtre pour voir la mer une dernière fois, aux filles de salle, un basin à la main, enfin à tous ceux qui e croyaient plus avoir une âme, que oui, ils étaient des hommes et que ce chant d'alouette, une toute petite alouette, pouvait leur rendre deux sous d'espoir."
Raoul Mille, Le Parfum d'Helena